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Comment le confinement a impacté ma vision de l’agilité

Temps de lecture : 5 minutes

En tant que Product Owner, mes journées sont généralement bien remplies par les cérémonies avec mon équipe, les rencontres avec mes utilisateurs, les ateliers ou encore les moments de partage avec mes collègues.
Bref, au-delà de juste partager un open space, nous sommes proches et en contact au quotidien. Mais ça, c’était avant…

Tout a basculé le jour où la pandémie du COVID-19 a frappé le monde et que le couperet des autorités est tombé : Tous confinés à la maison ! Il faut désormais tous télétravailler ! [1]

[220/365] Nuclear Fear (Explored)

 
Certes le télétravail n’était pas inédit pour moi, mais l’annonce est tombée si soudainement que cela fait quand même bizarre. D’autant plus que le confinement a commencé pour moi par un mail dans lequel on pouvait lire :

“Mesures collectives de protection : Eviter au maximum les contacts physiques entre personnes
Réduire les possibilités de contacts physiques entre personnes par une diminution des possibilités de présence simultanée au même endroit au profit de solutions alternatives”*

Même si je suis tout à fait consciente de l’importance et de la nécessité de ces mesures sanitaires, ma première réaction a été la suivante :

Egg_emotions

 
J’ai eu l’impression que les valeurs du Manifeste Agile étaient mises à mal.

Comment privilégier les individus et leurs interactions plus que les processus et les outils, surtout lorsque la possibilité de télétravailler est conditionnée par les outils tels qu’un PC, une bonne connexion internet, un VPN… ?
Et puis, à l’instar des petites notes en bas des contrats, je me suis souvenue de la mention si souvent oubliée du Manifeste Agile :

“Nous reconnaissons la valeur des seconds éléments, mais privilégions les premiers.”

Ouf, sauvée ! Ce n’est pas parce qu’il faut privilégier les individus et leurs interactions qu’il faut complètement oublier les outils et les processus – d’autant plus qu’il en existe une pléthore sur le marché.[2]

Toutefois, il ne s’agit pas là de devenir un expert ou administrateur de tel ou tel outil, mais en période de confinement où le télétravail est devenu la norme, ces outils permettent de faciliter les interactions entre les individus. Pourquoi donc s’en priver ?

Il est néanmoins nécessaire de trouver un juste équilibre afin que l’utilisation des processus et outils ne se fasse pas au détriment des interactions entre les individus. D’ailleurs, lorsqu’on parle d’interactions, est-ce que cela doit nécessairement être des interactions physiques ?

J’entends déjà les cris d’effroi de mon Scrum Master

“ Malheureuse ! Que fais-tu du principe qui dit que la méthode la plus simple et la plus efficace pour transmettre de l’information à l’équipe de développement et à l’intérieur de celle-ci est le dialogue en face à face ?!”

Mais attendez…

La définition du Larousse nous dit qu’une interaction est une “Réaction réciproque de deux phénomènes l’un sur l’autre.” A priori, rien ne mentionne la nécessité de contact ou de proximité physique.
Cependant, ne vous méprenez pas sur mes propos. Je ne suis pas du tout en train de soutenir que les interactions physiques entre individus sont inutiles, mais plutôt que le télétravail forcé (ou la non colocalisation) change la nature de ces interactions.
La distance rend plus difficile la perception des non-dits, du langage non verbal. Toutefois, je suis convaincue qu’il existe de nombreux moyens alternatifs de garder le lien avec ses collègues.

Partager un cadre commun de travail

Échanger avec quelqu’un nécessite de partager des points communs, que ce soit le lieu dans lequel on se trouve, la langue parlée, le moyen utilisé, ou encore le sujet de discussion.
Ainsi il est indispensable de garder un rythme régulier et de ne pas abandonner ses habitudes de travail “d’avant confinement”. Cérémonies, ateliers, discussions sont des points de rencontre indispensables. Il faudra cependant en adapter les supports grâce aux outils numériques dont nous disposons de nos jours.
Partager de bonnes pratiques de communication permet également de fluidifier les échanges et réduit ainsi les frustrations et stress qui peuvent être générés par la distance.
Par exemple :

  • couper le son de son micro lorsque l’on ne parle pas en réunion afin d’éviter les bruits parasites ;
  • préparer les réunions à l’avance pour éviter les problèmes de logistique ;
  • de même, dans un tchat, répondre dans un même fil de discussion afin de faciliter le suivi des échanges.

Ce sont là de petits trucs qui m’aident grandement dans mon quotidien de télétravailleuse.

Je me souviens d’un atelier avec les experts métiers au cours duquel il y a eu soudainement un crépitement sourd… Est-ce que des Gremlins se seraient invités à notre réunion ?! C’était en fait un des participants qui était en train de remplir son poêle à granulés en pleine réunion. Il aurait pu passer inaperçu s’il avait coupé son micro !

 

 

Il n’y a pas de formule magique ni de règle absolue. Le meilleur cadre sera celui partagé de tous.

Retourner aux fondamentaux

Les difficultés induites par la distance peuvent également être atténuées par un retour aux sources, en favorisant la simplicité.
En effet la simplicité dans les discussions, de l’expression de ses attentes ou problèmes facilite la compréhension et réduit les malentendus.

“Une leçon de simplicité qu’il serait bon de ne pas oublier après le confinement !”
Merci @SebastienFerron pour ce rappel 😉

Le fait de ne plus avoir à gérer les temps de transports en télétravail permet également de prendre le temps :

  • Prendre le temps de demander des nouvelles de ses collègues et de discuter de tout et de rien pour ne pas finir en ermite, d’autant plus que ces moments de partage permettent de garder le moral et de renforcer les liens.
  • Prendre le temps d’écouter et de faire preuve d’empathie afin de mieux comprendre l’autre et ses difficultés.
  • Prendre le temps pour soi. En fonction de mon humeur, j’utilise ces moments soit pour m’évader et découvrir de nouvelles choses, soit pour me recentrer sur moi-même et sur la vision des produits sur lesquels je suis amenée à travailler.

J’ai pu mesurer l’importance des deux premiers points, qui de prime abord peuvent sembler insignifiants lors d’un backlog grooming. Un des membres de l’équipe, habituellement très bavard, était là anormalement silencieux. J’ai pris l’initiative de l’appeler et de discuter avec lui. Ce dernier m’a avoué plus tard à quel point ce petit appel lui avait fait du bien, en le sortant de la solitude du confinement.

 
Certes, avec le télétravail, tout n’est pas tout à fait pareil, mais les valeurs du Manifeste Agile sont toujours valables malgré la distance qu’impose le télétravail et après tout, on s’adapte au changement.

L’agilité est un état d’esprit avant tout !


Notes :

  1. Je suis consciente de la chance que j’ai d’exercer un métier qui permet le télétravail et je tenais à exprimer ma solidarité envers tous ceux qui aident à combattre le virus au quotidien. ⤴️
  2. À chaque besoin, ses outils, que ce soit pour partager des documents, des développements, des appels vidéos, des discussions…
    Je ne vais pas refaire la liste des outils disponibles sur le marché car d’autres l’ont déjà fait, et bien mieux que je ne pourrai le faire. En voici quelques exemples : ⤴️


Crédits photos (dans l’ordre d’apparition)
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