[Agile France 2018] La parole au travail : un espace de privilèges masculins ?

Lorsque je suis allée à l’Agile France 2018, un des pitchs matinaux a particulièrement attiré mon attention. N’ayant que 30 secondes de parole, les conférenciers se devaient d’être bref.
Raphael Pierquin (@perafoo) a donc commencé à pitcher son atelier “La parole de travail : un espace de privilèges masculins ?” et a ensuite donné la parole à son acolyte Julie Quillé. Malheureusement pour elle, la loi de la timebox lui a à peine laissé le temps de dire “Bonjour”…
Avec un pitch aussi révélateur, et étant de base particulièrement attachée au sujet de la place de la femme dans le monde, j’ai participé avec grand plaisir à cet atelier que je vais essayer de vous restituer.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, cet atelier s’adresse principalement aux hommes et a pour but de les sensibiliser au sujet de l’espace de parole féminine dans le monde du travail.

Format

Nous sommes tous réunis en cercle, Julie d’un côté et Raphael de l’autre. Nous sommes une vingtaine, avec un peu plus d’hommes que de femmes (jusque-là rien d’étonnant étant donné que la proportion d’hommes était plus importante à l’agile France).

Nos attentes

Julie commence en nous demandant ce que l’on attend de cet atelier. Après un petit blanc de quelques secondes, les hommes s’expriment en premier, suivi des femmes. Ce détail a attiré mon attention, peut-être est-il dû au hasard, mais il colle pourtant parfaitement au sujet…

Les règles


Après cette introduction, Raphael annonce aux hommes qu’ils risquent d’être un peu secoués et de se sentir mal à l’aise. Il énonce ensuite les règles : seules les femmes vont parler du sujet. Si les hommes veulent parler, ils devront lever la main avec pour choix : poser une question en rapport avec la conversation ou exprimer leur ressenti par rapport à la conversation en cours.

Le débat

S’en est suivi un débat uniquement féminin sur la place de la femme au travail et son degré de liberté dans sa prise de parole en présence d’hommes. Les hommes présents dans la salle ne se sont au début pas beaucoup exprimés, Raphaël les a donc aidés en leur proposant sur un tableau toutes les émotions qu’ils pourraient ressentir et donc exprimer. Cela a permis en quelque sorte de briser la glace et certains ont donc ensuite demandé et pris la parole.

Concernant les sujets abordés, ils ont été nombreux et il serait difficile de restituer fidèlement ce qui a été dit. Je peux cependant vous donner une idée de ce dont nous avons parlé :

  • La prise de parole des femmes en réunion paraît différente selon le nombre d’hommes dans la salle. Certaines se sentent en effet beaucoup plus à l’aise et libres de parler en toute sécurité s’il n’y a pas d’hommes.
  • La bise, qui peut paraître anodine pour beaucoup d’hommes, est souvent mal vécue par de nombreuses femmes qui se sentent obligées de la faire.
  • Les compliments des hommes envers les femmes, même dits sans arrière pensées, peuvent mettre très mal à l’aise. Un conseil pour les hommes : même si vous pensez bien faire, n’hésitez pas à demander si le compliment était approprié ou non, vous pourriez être surpris !
  • Le physique des femmes joue beaucoup dans leurs relations aux hommes. Il y a notamment eu le témoignage d’une femme qui a dit s’être sentie libérée après avoir pris du poids, ce qui m’a beaucoup attristé.
  • Au fil des témoignages, la notion de légitimité est souvent revenue. Visiblement, les femmes ont tendance à se sentir moins légitimes que les hommes lorsqu’il s’agit d’entreprendre quelque chose.

La fin

À la fin de l’atelier, les hommes ont pu prendre la parole librement et expliquer en une phrase ou deux ce qu’ils avaient pensé du débat et quel était leur ressenti.

Débrief

Le format de l’atelier peut paraître plutôt étrange. Il n’y a en effet pas de débat mixte : seules les femmes ont la parole libre. Et c’est justement ce qui le rend intéressant.

Je me suis pour ma part sentie totalement libre d’aborder tous les sujets qui me tenaient à cœur sans me demander quelle serait la réaction masculine que j’aurais en face de moi. Il n’y a pas eu de confrontation homme/femme comme on peut souvent en trouver : la femme se sentant obligée de défendre coûte que coûte son opinion tandis que l’homme se sentant accusé tente lui aussi de défendre sa situation.

En bref, pas d’agressivité ni de sentiment d’incompréhension, simplement la liberté de parler.

Etant placé en spectateur de la conversation, l’homme écoute une conversation totalement transparente qu’il n’entendrait nulle part ailleurs. L’un des participants a d’ailleurs indiqué avoir l’impression d’être une petite souris qui aurait accédé à un endroit interdit où il a pu entendre ce qu’il n’entendait jamais.

Il ressort plusieurs réactions masculines de ce débat. Certains sont en colère ou triste d’entendre à quel point les femmes ont l’impression de mener un combat lorsqu’elles travaillent dans un milieu masculin. D’autres sont contents d’avoir pu écouter et prendre conscience de certains problèmes :

” Je suis venu les mains dans les poches et je repars avec un nouveau problème “

D’autres enfin se sentent toujours autant étrangers au sujet :

” C’est quand même étonnant qu’apparemment vous ressentiez ça… “

Pour ma part, j’ai ressenti une profonde émotion à l’issu de cet atelier. Pouvoir échanger en toute liberté avec d’autres femmes sur un sujet qui me tient à cœur tout en me sentant comprise par certains hommes a été très libérateur.

 

Un peu de recul

Il était au départ prévu de parler après le débat des différentes solutions pour faire en sorte que la parole soit bien partagée dans un groupe. Nous n’avons malheureusement pas eu le temps d’en parler. C’est assez dommage, prendre conscience d’un problème est une chose mais mettre en place des solutions pour le résoudre en est une autre…

En ce qui concerne les sujets abordés par les femmes, ils étaient assez variés. Cependant, en si peu de temps d’atelier ils n’ont été que très superficiellement débattus et tombaient parfois dans le stéréotype. C’est l’une des raisons pour laquelle je ne les ai pas plus détaillés. Le plus important n’était pas forcément le sujet mais plus l’émotion que nous avions à faire passer ainsi que les anecdotes. En effet, beaucoup d’anecdotes ont été racontées et ont permis de montrer que certaines inégalités étaient une véritable réalité. Beaucoup de femmes ont d’ailleurs commencé leur phrase par :

« Je n’ai jamais été victime de discrimination »

pour ensuite enchaîner avec une situation vécue qui avait tout de la discrimination.

La suite

J’ai été assez intriguée de savoir que c’était Raphaël Pierquin qui était à l’origine de cet atelier et s’intéressait beaucoup au sujet. Il m’a expliqué qu’avoir eu une fille l’avait fait beaucoup réfléchir et qu’il avait pris conscience des inégalités auxquelles elle allait devoir faire face.

Il a l’intention d’animer d’autres ateliers similaires mais également d’en créer certains totalement masculins. Je trouve l’idée très intéressante. Pour tous les hommes intéressés de près ou de loin par le sujet, n’hésitez pas à le contacter !
Pour les femmes, je ne peux que vous conseiller le livre Lean In de Sheryl Sandberg. Elle y explique pourquoi les femmes ont tendance à fuir le leadership et donne des conseils pour avancer !

Mon autre retour Agile France 2018 sur la dette émotionnelle d’une équipe Scrum

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