Intermédiaire

Du scrum master au coach, une mutation

Vendredi dernier, j’ai déjeuné avec un ami qui a récemment démarré ses premières missions de coach agile, après plusieurs années en tant que scrum master. Voici le contenu de notre conversation dans les grandes lignes. Voici les constats positifs et négatifs de sa mutation en cours.

“Géraldine,

Tu m’avais encouragé mais tu m’avais aussi prévenu que ce n’était pas vraiment pareil. Aujourd’hui j’ai compris, assez violemment, la différence.

Je suis bousculé, secoué

Fini le succès facile à chercher des ateliers rigolos pour mon équipe !
Fini le temps d’une seule et simple mission autour d’une équipe resserrée !
Fini le rythme soutenable !

Je suis comme au milieu d’une grande avenue parisienne en pleine heure de pointe : ça klaxonne là ! Ça interpelle ici ! Ça bouge dans tous les sens !
Je n’ai plus que rarement des moments où je peux me poser. Chaque journée est exténuante. L’écoute active est éreintante. Discuter avec tous les profils du métier, des codeurs au DG est une gymnastique usante. Quand ce n’est pas une équipe c’est l’autre.

Mais que veut-on de moi ? Je ne sais plus ! Dois-je agir et conseiller ou écouter et suggérer ? L’un de mes clients veut ceci, l’autre cela. Tous ces paradoxes que je ne sais gérer : ils m’attendent comme le messie, prêts à aspirer ma moelle substantifique, mais j’en sais moins qu’eux sur eux (et souvent j’en sais plus qu’eux sur des choses qu’ils ne veulent pas vraiment savoir).
On me demande des réponses organisationnelles, du coaching individuel, sur un point de la méthode, sur une façon de penser, des slides, des apartés, des BBL, des conférences, des interventions pour le codir, des plongées dans les équipes, des discours musclés (mais non ehh…), et de convaincre en inspirant. On veut de moi des conseils, des suggestions, des réponses, du leadership, de l’effacement, de changer comme par magie l’ordre des choses établies, mais de surtout respecter un contexte dont je suis un élément extérieur. On attend de moi de transformer mais de ne pas vraiment changer si cela met en péril la carrière de mon commanditaire. D’accompagner sans jamais tenir ni lâcher. De clarifier et de rappeler sans jamais contredire, ni même interroger. Je ne me noie pas dans un verre d’eau mais dans un océan de complexité !

Pour moi c’est surtout la fin de l’innocence

J’ai bien compris désormais que c’était la fin de l’innocence. Les coachs agiles sont tous un peu cabossés par l’expérience qui les a façonnés.

Ma gageure ce n’est plus Scrum c’est la conduite du changement. Ce n’est plus proposer des choses, mais aller au bout des choses. C’est pousser les gens à donner du feedback mais n’en recevoir que rarement. Ce n’est pas expliquer l’incertitude c’est la vivre. C’est faire comprendre que l’on sait plein de choses qui mènent à ne rien savoir tout en sachant que l’on sait plein de choses qui mènent à avoir l’humilité de ne rien savoir.

Mais alors je sers à quoi ?

Je sers précisément à incarner cette incertitude. Je sers précisément à personnifier ces paradoxes. J’aide les organisations à ne pas craindre l’imperfection, à comprendre les bienfaits d’un certain empirisme. Quand un scrum master endosse l’habit de la méthode, quand ses tirades sont claires, je dois rappeler la sinuosité des dynamiques, l’improbabilité des lignes droites, l’illusion de la répétabilité. Ma rigueur c’est de rappeler le doute. On espère que j’apporte une réponse encore plus claire, elle est encore plus floue, mais cette façon de ne pas répondre est la plus vraie des réponses et elle a plus de valeur que bien des réponses car elle peut guider généralement l’organisation bien au-delà de l’équipe. Je ne réponds plus ni à QUOI ? ni à POURQUOI ? ou même COMMENT ? Je ne réponds plus à une question, je définis une attitude, en espérant une intention.

C’est le fait de les amener à voir cette perspective qui intéresse nos clients. De les amener à comprendre quelle posture prendre pour répondre aux défis qui leur sont lancés. Les réponses sont là.

Tu m’avais bien dit que cela ne serait pas facile

Coach agile ce n’est pas aisé pour des commerciaux qui se retrouvent avec un objet parlant non identifié. Ce n’est pas aisé pour des dirigeants qui se retrouvent en terra incognita dans leur modèle classique. Ce n’est pas aisé pour des clients qui font un pas dans l’inconnu. Et donc ce n’est pas aisé pour nous-même. Et nous pouvons tous nous féliciter de sortir de notre zone de confort.

Bon ok c’est aussi du plaisir

Et quel plaisir de temps en temps d’allumer une flamme dans des yeux, de rares fois changer involontairement des destins, d’aider à trouver une aiguille dans une meule de foin, de servir un petit désaxage qui produira un effet papillon sur toute l’organisation, de ne rien réussir parfois sauf de rendre le sourire, de ne rien produire souvent mais de contribuer à donner du sens.

Ainsi merci

Ainsi merci Géraldine de m’avoir encouragé car aujourd’hui je sais changer, je sais m’interroger, je sais hésiter sans douter et douter sans hésiter. Toute la complexité du monde m’apparaît, j’accepte qu’elle me dépasse, mais j’aime l’embrasser, m’en saisir, y accompagner les autres.

Finalement merci Géraldine, je suis heureux.”

Voilà ce que nous aimerions dire aux personnes qui veulent tenter l’aventure

  • Scrum master vers coach agile ce n’est pas une mise à l’échelle, c’est une véritable mutation, gare aux déceptions.
  • Il faut de la passion et de la responsabilité. Cela me rappelle Harrison Owen l’inventeur de l’openspace pour qui les deux fondamentaux sont : “passion and responsibility. Without passion, nobody is interested. Without responsibility, nothing will get done”.
  • Faire comprendre le monde fluctuant, systémique, dans lequel les organisations évoluent est une mission très importante.
  • Le coaching est harassant, usant mais gratifiant d’une certaine façon.
  • Dire merci.

Notre équipe de coachs agiles et craft chez SOAT est faite de gens passionnés. Si tu te retrouves dans cette description, que tu veux nous connaître ou nous rejoindre, fais-nous signe.

© SOAT
Toute reproduction interdite sans autorisation de la société SOAT

Nombre de vue : 490

AJOUTER UN COMMENTAIRE