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Cheerleader Effect : être meilleur signifie-t-il être parfait ?

Quand on est Scrum Master d’une équipe qui commence à monter en puissance et à bien fonctionner, on en vient à être naturellement satisfait, notamment si les autres équipes n’apparaissent pas comme aussi performantes que la nôtre. Si ce sentiment génère de la fierté parmi les membres de l’équipe, il peut aussi constituer un obstacle conséquent à l’amélioration de celle-ci. En effet, plus l’équipe se sentira “en avance” par rapport aux autres, moins elle aura tendance à considérer comme nécessaire de trouver des améliorations à son fonctionnement. Mais être meilleur signifie-t-il être parfait ?

Je vous propose ici un format de rétrospective qui vise à confronter la vision de notre équipe parmi les autres et de notre équipe prise à part. Et pour bien comprendre ce qu’est le Cheerleader Effect, qui de mieux placé que Barney Stinson pour l’expliquer ?

 

 

Pourquoi utiliser ce format ?

Le Cheerleader Effect

Avant de commencer, voici ce qui se cache derrière le Cheerleader Effect : nous avons naturellement tendance à trouver les individus plus attirants lorsqu’ils sont en groupe que lorsque nous les observons individuellement. Malgré sa première apparition dans la série humoristique How I Met Your Mother, cet effet a été prouvé grâce à une étude réalisée en 2013, dont les résultats ont été confirmés par une autre étude réalisée en 2015.

En appliquant ce concept à un contexte d’entreprise, on aura tendance à considérer une équipe comme meilleure qu’elle ne l’est en réalité si elle est entourée d’autres équipes, surtout si celles-ci sont moins avancées sur les critères évalués.

Contexte

Comme je le disais en introduction, les équipes qui commencent à bien fonctionner atteignent généralement, à un moment ou un autre, un point où elles n’ont plus l’impression d’avoir besoin de s’améliorer. Si elles sont, en plus, entourées d’équipes qui fonctionnent moins bien qu’elles, ce sentiment sera décuplé et le travail du Scrum Master d’aider son équipe à avancer dans l’amélioration continue s’en trouvera pénalisé.

Ce format s’adresse donc à des équipes qui ont déjà pris de l’assurance et qui ont obtenu un fonctionnement relativement stable, ce qui les place comme “les meilleures” dans leur contexte d’entreprise. Vous pourrez déceler le moment où elles atteindront le point que je mentionnais précédemment lorsque les post-its “négatifs” de vos rétrospectives seront souvent accompagnés d’agréments tels que “mais comparés aux autres équipes…“.

Intérêt du format

Si ce format se base, comme beaucoup, sur le principe d’un Keep Drop Start, il a l’avantage de faire réaliser à l’équipe que sa mécanique d’introspection est biaisée du fait de la comparaison inconsciente avec les autres équipes. La première étape vous permettra d’obtenir vos Keep et peut-être un peu de Drop, mais il est probable que vos équipiers soient très positifs quant à votre équipe. Une fois le reste des équipes occultées, la seconde étape vous permettra de démarrer la véritable introspection, et de générer les Drop sur lesquels vous aurez à travailler.

 

Ce qu’il vous faudra

Pour ce format de rétrospective, il ne vous faudra pas beaucoup de matériel et les traumatisés du Speed Boat pourront se rassurer : il n’y a aucun dessin compliqué à réaliser.
Il vous faudra :

  • Deux grandes feuilles blanches (type A1 ou plus grand), qui vous serviront à dessiner votre échelle de notation pour les deux étapes principales
  • Deux gommettes par personne, pour que chacun puisse placer son évaluation de l’équipe sur les deux échelles
  • Quatre post-its minimum par personne, pour avoir au moins deux éléments justificatifs par note

 

Première étape : le Cheerleader effect

Cette première étape consiste à mettre en application le Cheerleader Effect, sans pour autant l’expliquer à l’équipe.

  1. Dessinez un axe vertical sur l’une des deux feuilles blanches et graduez-le de 0 à 10.
  2. Placez ensuite le nom des autres équipes au niveau du 5, pour donner un élément de comparaison aux participants.
  3. Distribuez une gommette et un minimum de 2 post-its par participant (en fonction de leur nombre) et demandez-leur, à tour de rôle, de venir noter votre équipe par rapport aux autres, en justifiant cette note sur les post-its à leur disposition.

Comme je l’expliquais en introduction, il est fort possible que vous finissiez cette première étape avec une très bonne note générale, ainsi que des post-its majoritairement positifs. Cependant, si certaines justifications peuvent être utilisées comme bases de travail pour l’amélioration continue, gardez-les à l’esprit en attendant la fin de la seconde étape.

 

Seconde étape : l’observation individuelle

La seconde étape consiste, comme son nom l’indique, à occulter les autres équipes pour regarder, de façon objective, ce que votre équipe fait correctement ou non.

  1. Dessinez un axe vertical sur l’autre feuille blanche et graduez-le de 0 à 10.
  2. Distribuez une gommette et un minimum de 2 post-its par participant (toujours en fonction de leur nombre) et demandez-leur, à tour de rôle, de venir noter votre équipe cette fois indépendamment des autres, en justifiant cette note sur les post-its à leur disposition. Pour plus de productivité, vous pouvez interdire aux participants de remettre ce qu’il y avait sur les post-its de la première étape.

A moins que votre équipe soit véritablement exceptionnelle, le fait d’interdire la redite des post-its de la première étape et d’évaluer votre équipe à part favorisera l’apparition de post-its plus “négatifs”, qui vous serviront de matière pour travailler à vous améliorer. Prenez le temps d’expliquer le Cheerleader Effect à votre équipe à ce moment-là et de revenir sur la première étape pour faire comprendre aux participants que, même si votre équipe semble être la meilleure à vos yeux, cela ne signifie pas qu’elle est parfaite !

 

Troisième étape : en route vers l’amélioration

Comme dans toute rétrospective, l’objectif est de trouver des axes d’amélioration et de définir un plan d’action. Grâce aux points à améliorer qui seront remontés lors de la seconde étape et potentiellement lors de la première, vous pouvez animer un petit exercice classique de génération d’idées (type brainstorming) pour trouver des actions visant à être encore meilleurs à la fin du prochain sprint.

 

Conclusion

Si ce format se focalise essentiellement sur l’étape Gathering Data théorisée dans le livre Making Good Teams Great d’Esther Derby et Diana Larsen, il a l’avantage d’aider votre équipe à gagner en maturité en apprenant à se détacher des comparaisons aux autres équipes, pour regarder de façon objective son fonctionnement dans le but d’en trouver les failles.
Merci à Caroline Aupert d’avoir accepté de me servir de Scrum Master cobaye pour mettre en place cette rétrospective.

 

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