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Pédagogie Agile – La conférence Agile de l’année

pédagogieAgileAprès avoir participé à la plupart des conférences Agiles en 2015, l’heure est au bilan. Mon objectif, dans cet article, est avant tout de vous faire partager mon ressenti sur la conférence qui, à mon sens, a été la plus éblouissante cette année. Il s’agit de la présentation de Christian Den Hartigh « L’agilité dans la pédagogie ». J’ai eu la chance d’y assister à deux reprises. Une première fois en keynote de fermeture du KanbanDay (dont vous pouvez visionner la vidéo sur infoQ) et une seconde fois en ouverture de l’Agile Tour Montpellier (vidéo disponible sur Youtube). Lors de la seconde écoute, j’ai pu comprendre des subtilités que je n’avais pas saisies la première fois. En effet, la présentation avait suffisamment changé pour offrir un angle d’attaque différent et me permettre ainsi d’assimiler des notions qui me semblaient hors de portée à la première écoute.

 

La conférence

 

Christian Den Hartigh est professeur de français dans un collège de ZEP en région parisienne et également l’auteur du blog « Pédagogie Agile ». Lors de sa conférence, il nous présente la démarche qui l’a conduit à bouleverser son approche pédagogique. Tout d’abord, il commence par nous présenter son « client ». Il est important pour lui de bien le connaître, afin d’être sûr de répondre à son besoin. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait croire, son client n’est pas l’élève. Il s’agit de la Diatomée, un phytoplancton. Pour nous tenir en haleine, lors de sa présentation, il nous précise qu’il nous éclairera en fin de présentation sur la raison de cette révélation volontairement provocatrice.

 

Pourquoi ?

 

Pedagogie AgileSa volonté de vouloir changer son approche pédagogique est venue du constat suivant : vouloir appliquer le programme imposé sans chercher à comprendre l’objectif de l’enseignement n’est profitable ni pour l’élève, ni pour l’enseignant.

Il est donc reparti de zéro, en étant frugal, en utilisant peu de technologie. Sa démarche étant empirique, elle s’est enrichie et adaptée au fil de ses nombreuses expérimentations. C’est d’ailleurs cette approche empirique qui donne à sa pédagogie toute sa dimension Agile. Pour rénover sa pédagogie, ses recherches dans le domaine de la cybernétique et de l’approche systémique l’ont amené à découvrir l’Agilité telle qu’on la connait en entreprise. Sur son blog, il décrit l’agilité comme la mise en application du constructivisme et de la psychologie cognitive. On voit ainsi que ses sources d’inspiration sont multiples, et il va même jusqu’à s’inspirer de la thermodynamique en mentionnant les travaux de François Roddier, Astrophysicien à Paris (vous pouvez découvrir ses travaux dans son livre et dans une conférence sur Youtube).

 

L’élève

 

Ses élèves sont au collège et ont entre 10 et 12 ans. A cet âge, le cerveau est encore en cours de formation. Il dit : « je suis leur cortex préfrontal ». En effet, ils ne sont pas encore entièrement « câblés » pour prendre des décisions, et il est aussi là pour pallier à ce manque.

Il les observe beaucoup pour évaluer leur aisance dans l’espace et ainsi chercher à les faire évoluer dans leur gestuelle.

Les élèves ont le droit de parler pour échanger des informations. L’oral est primordial, « Plus ils parlent, plus ils auront des facilités à écrire ».

Pour les élèves en difficulté, savoir raconter une histoire ou écrire quelques mots sur un schéma lui suffit, même s’ils ne savent pas écrire de phrases. « S’ils savent raconter, l’écriture viendra plus tard ». Et, finalement il arrive à faire aimer l’écriture aux élèves même s’ils ne sont pas bons.

autoevaluation2Il demande également à ses élèves d’auto-évaluer leur progression au travers d’une matrice simple et visuelle (voir photo ci-contre) qui s’apparente aux matrices de compétences que nous avons l’habitude d’utiliser en entreprise.

Cela ne l’empêche pas de donner des notes. Il précise bien à ses élèves qu’il ne note pas l’enfant. La note porte sur l’information donnée dans le travail fourni par l’élève. En tant qu’enfant, ils ont tout le temps 20/20.

Ça permet à l’enfant de ne pas mal prendre la mauvaise note. De plus, il rajoute systématiquement un commentaire positif sur ce qu’il a donné comme communication.

 

La classe Agile

 

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La classe a totalement été réorganisée pour faire en sorte que tous les élèves soient au premier rang. Les manuels scolaires et les dictionnaires sont au centre de la salle et tous les enfants sont encouragés à s’en servir à tout moment.

La salle de classe est agencée pour qu’elle soit entièrement modulable afin que les élèves puissent s’organiser en petits groupes de travail en quelques minutes.

Christian compare sa salle de classe à une cellule eucaryote. Les manuels scolaires sont comme l’ADN au centre d’une cellule pour fournir toute l’information nécessaire au travail des ribosomes (les élèves) qui fabriquent les protéines. Et le professeur donne de l’énergie comme le fait la mitochondrie au sein d’une cellule.

 

Outils pédagogiques

 

Christian souligne l’importance des émotions dans son approche pédagogique. Il travaille sur les six émotions de base pendant ses cours (la joie, la peur, la colère, la tristesse, le dégoût et la surprise). C’est pourquoi j’ai souhaité mettre en avant dans mon article les deux outils suivant : « Le Papier de Colère » et le « Le Totem ».

De plus, dans son approche pédagogique, Christian utilise d’autres outils simples et efficaces dans l’objectif de contrôler le flux d’information vers les élèves, tout en cherchant à varier son mode de communication. Parmi ces outils, deux autres ont retenu mon attention : « La Double Molécule » et « Le Hasard ».

 

Papier de la colère

Papier Colère3Parmi l’ensemble des émotions, il souligne ses travaux sur la colère. Il donne le droit aux élèves d’être en colère. En début d’année, il leur présente le « Papier de Colère ». Une pile de ce « Papier de Colère » est systématiquement accessible à chacun des élèves dans la classe. En cas de colère, ils ont le droit de se lever pour le froisser et le jeter énergiquement dans un coin de la salle. Pour leur illustrer ce droit, il en fait la démonstration devant ses élèves interloqués. Il nous révèle alors qu’il arrive à canaliser ses élèves en partie grâce à ce tour de passe-passe, le papier n’étant finalement jamais utilisé durant l’année.

 

Totem

DSC_0245Le premier atelier réalisé dans l’année consiste à créer un totem afin de renforcer le sentiment d’appartenance à une tribu chez l’élève. Pour créer ce totem, Christian demande à tous ses élèves d’écrire trois choses sur une feuille :

 

  • Ce qu’ils se souhaitent à eux-mêmes pour l’année
  • Ce qu’ils souhaitent aux gens qu’ils aiment
  • Ce qu’ils souhaitent à l’ensemble du groupe

Toutes les feuilles sont ensuite assemblées en étoile et accrochées au mur pour représenter un Totem presque sacré. Personne n’a le droit de lire les inscriptions, c’est tabou, et tout le monde est intransigeant sur ce point. Christian nous révèle que ce moment permet d’instaurer une vraie confiance entre eux et avec lui. C’est également un moment extrêmement chargé en émotions.

Et, à la fin de l’année, tel un rite de passage, le totem est détruit par les élèves.

 

Double molécule

DSC_0250_1Le programme scolaire officiel consiste à faire travailler les élèves sur seize informations primordiales liées à la communication.

Pour matérialiser le programme, il a créé un schéma qu’il a appelé la double molécule. Chaque élément de ce schéma représente une de ces seize informations. Cela permet aux élèves d’avoir un moyen mnémotechnique simple permettant de retenir le programme. Ce schéma sert également de support pour travailler sur la rédaction.

En y regardant de plus près, je pense qu’on pourrait tout à fait se servir de cet outil en entreprise pour aider les Product Owners à rédiger leurs User Stories.

 

Hasard

hasard2Il travaille également sur le hasard. Il demande aux élèves de travailler un exercice sur l’infinitif et le participe passé. Il s’agit de compléter des phrases à trous en choisissant de terminer les verbes par ‘é’, ‘er’, ‘ée’, etc. Il donne le choix à l’élève parmi six propositions. A chaque proposition, il associe un chiffre de 1 à 6. Dans un premier temps, l’élève rempli les trous en faisant confiance au hasard à l’aide d’un dé. Dans un second temps, il travaille sur l’exercice en s’appuyant sur ses connaissances et avec toute la documentation à portée de main. Quand l’élève se rend compte qu’il se fait battre par le hasard, il se met en colère. Mais, cette colère lui permet de sortir de son cadre qui l’amène à échouer systématiquement à cet exercice. Ça lui permet ainsi de progresser pour finalement réussir à battre le dé.

 

Conclusion

 

planctonPour terminer sa conférence, il nous révèle la raison l’ayant amené à considérer la Diatomée comme étant son principal « client ».

Au travers de son approche pédagogique, il souhaite sensibiliser les enfants au respect de leur corps et de la nature. Le fait de penser à cet organisme microscopique, qui offre à la Terre un quart de son oxygène, permet d’attirer l’attention sur l’importance de la protection de notre planète.

Par ailleurs, par l’intermédiaire de cet article, je tiens particulièrement à remercier Christian pour m’avoir fait découvrir les nombreuses notions auxquelles il fait référence lors de sa conférence.

Pour finir, j’ai toujours trouvé très intéressant de vouloir appliquer l’Agilité dans des environnements autres que celui de l’entreprise. C’est pourquoi la conférence de Christian Den Hartigh m’a beaucoup inspiré pour réaliser ma propre conférence « Etre Agile en famille » dans laquelle je fais référence à ses travaux.

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